Madame de Marigny, veuve Geffelot, née Chateaubriand

En ce 17 juillet 1860, dans un couvent de Dinan, une femme centenaire rend son âme à Dieu. Elle a connu la Révolution française, la chute de Napoléon, le retour des Bourbons, le second Empire.

Marie-Anne de Chateaubriand est née à Saint-Malo en 1760, d’un père armateur qui installera sa famille au château de Combourg en 1777. C’est dans la chapelle du château qu’elle épouse en 1780 François Jean Geffelot comte de Marigny. Ils vécurent en leur château de Marigny à Saint-Germain-en-Coglès et à Fougères dans leur hôtel particulier, rue Derrière (actuelle rue Chateaubriand). Le couple accueille Elisabeth en 1781 et Edouard en 1784.

Hôtel de Marigny Fougères – XVIIIe siècle

Dans ses deux résidences, Marie-Anne reçoit son jeune frère, François-René, le futur écrivain. C’est ainsi que « le chevalier de Chateaubriand » signe l’acte de baptême de Fabien Rossignol en l’église de Saint-Germain-en-Coglès le 8 novembre 1788.

Dans Mémoires d’outre-tombe, l’illustre auteur se souvient :

Veuve en 1793, la comtesse de Marigny affronte seule la période révolutionnaire. Son château sera vandalisé. Il servira de cachette aux prêtres réfractaires et accueillera aussi une rencontre secrète entre chefs chouans. En 1795, elle ose organiser une audacieuse retraite de communion pour les enfants de Saint-Germain-en-Coglès et autres paroisses. Les alentours étant protégés par les hommes de du Boisguy, un prêtre réfractaire, l’abbé Sorette, parvient à la chapelle de Marigny, caché dans une charrette de paille. Parmi les petits communiants, Elisabeth Geffelot, la fille de madame de Marigny, reçoit le sacrement.

Un Républicain fougerais lui donnera le qualificatif de « puante aristocrate ». Coté familial, Jean-Baptiste de Chateaubriand, le frère de Marie-Anne, est guillotiné à Paris en 1794.

Le calme revenu, madame de Marigny s’installa à Paris vers 1800 pour y vivre une quinzaine d’année. Pendant les évènements qui se conclurent par la chute de Napoléon, elle tient un journal qui laisse transparaitre son attachement à la famille royale et son vœu de leur retour. Ce manuscrit sortira de l’ombre et sera publié en 1907.

Puis, elle se retire en Bretagne, à Dinan, au couvent les Dames de la Sagesse. Elle sera une bienfaitrice généreuse de l’église Saint-Malo en offrant notamment deux pièces d’orfèvrerie exceptionnelles : un ostensoir monumental et une statue de la Vierge.

Pour son centenaire, le 4 juillet 1860, une messe est célébrée à l’église Saint-Malo. Puis, la musique du petit séminaire a donné une aubade sous les fenêtres de la centenaire. Treize jours plus tard, elle s’éteint après avoir pressenti que ce mois de juillet lui serait fatal. Son dernier vœu étant de déposer sur son cercueil un bouquet de fleurs de lys coupées dans le jardin du couvent. Elle est inhumée dans le cimetière de Dinan, son âge étant indiqué précisément sur la tombe.

Madame de Marigny a marqué les lieux où elle a vécu. Elle fait partie des figures emblématiques du château de Marigny qui garde à jamais sa mémoire. Dans une lettre adressée à son frère en 1842, elle se souvient avec nostalgie de son ancienne propriété où elle dit avoir passé des jours heureux :

Saint-Germain-en-Coglès, château de Marigny
Gravure XIXe siècle
orfèvrerie église Saint-Malo de Dinan offert par Madame de Marigny, née Chateaubriand
Pièces d’orfèvrerie, église Saint-Malo de Dinan – 1850-1860

Chapelle de Marigny, Saint-Germain-en-Coglès
Autel en marbre, chapelle de Marigny
Saint-Germain-en-Coglès – XVIIIe siècle